« Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) »

Best of mai 2016 - Hargot
Je vous en avais déjà parlé sur Instagram et dans ce Best Of, mais j’ai récemment lu cet essai de Thérèse Hargot, conseillé par un ami et par ma demi-sœur. J’avais donc envie, en m’appuyant sur cette lecture, d’aborder certains sujets autour de la sexualité et du couple.

Il faut tout d’abord savoir que le fil rouge de ce livre s’appuie sur une question assez simple : sommes-nous vraiment libres, sexuellement parlant ? Car si, bien entendu, il y a eu de nombreuses avancées scientifiques et sociétales, on se rend rapidement compte que la liberté que nous pensons avoir au sujet de la sexualité n’est pas si présente que ça. Qu’il s’agisse des relations, du genre, de l’orientation ou encore de l’acte en lui-même, de nombreux tabous, non-dits et préjugés sont encore rattachés à la sexualité, même au XXIe siècle.

1. Sexualité et liberté

De nouvelles normes

En L2, j’ai eu l’occasion de participer à une option intitulée « Histoire de la révolution sexuelle », et ce que j’y ai appris m’a permis d’avoir, peut-être, un regard un peu différent à la lecture du livre de Thérèse Hargot.

Je n’ai pas l’intention de vous faire un cours d’histoire, mais il est néanmoins intéressant d’avoir une idée des grandes lignes de cette « révolution sexuelle ». Entre autres, elle a vu naître les plannings familiaux, la « démocratisation » des contraceptifs, le mouvement féministe… Pendant cette période – ou ces périodes, car elle a eu lieu en deux vagues : la première dans les années 70-80 et la seconde dans les années 2000 – de nombreux débats ont eu lieu, concernant la contraception, l’avortement, le droit des femmes, le mariage, l’épanouissement sexuel, les enfants…

Je pense qu’il s’agit là d’un moment important dans notre histoire, car c’est ce qui nous a permis aujourd’hui d’être plus libres (même si l’on verra que cela se discute) et de surtout libérer la parole sur la question sexuelle. De nombreux combats ont été menés, et ce sont leurs conséquences qui façonnent la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Néanmoins, comme le souligne Thérèse Hargot, cette liberté que nous pensons avoir acquise n’en ai pas vraiment une. Bien que je sois consciente du travail considérable effectué par nos ancêtres, et bien que je sois reconnaissante de ce que nous avons et pouvons faire aujourd’hui, il est vrai que la liberté réclamée pendant cette révolution sexuelle s’est en quelque sorte transformée en une nouvelle norme. Nous sommes en effet passés d’un extrême à un autre.

Si, auparavant, le sexe était un sujet tabou, intimement lié au mariage et dont le but premier était de procréer, nous sommes aujourd’hui face à une autre norme. Passé un certain âge, être vierge est mal vu, on accorde trop d’importance à la performance, il y a toujours des différences hommes/ femmes (coureur de jupon contre salope par exemple…), la femme est de plus en plus hypersexualisée, l’orgasme est presque devenu un trophée, le porno renvoie une mauvaise image du sexe…

Enfin bref, on s’est débarrassé de certains problèmes, et on en a créé de nouveaux. On est certes plus libres, on ne va pas le nier, mais d’un autre côté, on est soumis à une pression sociale énorme qui fait que, malgré tout, la sexualité reste encore assez taboue.

Le livre explique très bien ce point, d’ailleurs : on se trouve désormais dans un état d’esprit fait de « Faut-il ? », « Doit-on ? », « Est-ce normal de faire ceci ? », « Est-ce normal d’éprouver cela ? »… Il y a beaucoup de questionnements autour de la sexualité, ce qui en un sens est positif, ça veut dire que désormais il y a du débat dessus, des échanges. Mais il y a parfois tellement de questions que ça en devient angoissant, presque étouffant. Comme s’il fallait justifier chaque acte, chaque pensée et chaque décision.

L’homosexualité

Ce qui m’amène à la question de l’homosexualité. S’il y a un point sur lequel j’ai été absolument d’accord avec l’auteure, c’est celui-ci. Car être libre, c’est avoir la possibilité de choisir l’orientation sexuelle qui nous plaît. La pression sociale autour de la communauté LGBT, bien que toujours existante, n’est plus la même qu’avant, et n’est surtout plus aussi oppressante. Les gens ont un peu moins de mal à assumer leur orientation.

Mais puisque c’est avoir le choix, on devrait aussi avoir le choix… de ne pas choisir. Car comme Thérèse Hargot l’explique dans son livre, on dit toujours « Je suis homo/ hétéro/bi… », comme si cela nous définissait. Comme si, pour exister, nous étions obligés de se mettre dans une case pour ne plus jamais en sortir. Comme s’il fallait se « déclarer » auprès du monde entier… Alors qu’en réalité, se mettre ainsi d’un côté ou de l’autre de la balance nous contraint à nous y tenir. Ça ne veut pas dire que cette « classification » ne convient à personne, mais nous ne devrions pas être implicitement forcés à en faire partie.

2. La vision du couple

L’aboutissement d’une vie

Et peu importe notre orientation sexuelle, la question du couple reste encore aujourd’hui délicate. Le couple est vu comme un aboutissement, comme un point d’arrivée. Mais d’un autre côté, nous nous trouvons également dans une période un peu d’indépendance, où certains cherchent à s’émanciper du couple, du mariage, etc…

Malgré tout, cette idée qu’au bout d’un moment, il faudra se mettre en couple, avoir une maison, peut-être se marier reste assez présente. Ça rejoint l’article que j’avais écrit il y a quelque temps : « Vingt ans et toujours pas casé(e) ? ». Je vous invite à le lire si vous voulez en savoir plus.

Et le fait d’être en couple soulève une autre problématique qui, je pense, mérite qu’on s’y attarde. Thérèse Hargot explique en effet que

« l’exclusivité désocialise, du moins pendant la période fusionnelle que tous les amoureux traversent ».

Et elle a raison, dans un sens. Je pense qu’à un moment ou un autre, on est plus ou moins tous passés par cette phase un peu « gaga » où il n’y en avait que pour notre copain/ copine. Au détriment parfois de nos amis ou de notre famille.

Mais je pense, qu’au fond, le plus important, c’est de finir par s’en rendre compte.

Pour aller plus loin dans cette réflexion, l’auteure attire notre attention sur le danger de se construire, de développer sa personnalité par rapport à l’autre, notamment lorsque l’on se met en couple jeune. Pour résumer, le couple aliénerait notre liberté en tant qu’individu. Mais j’estime que, même si cela peut effectivement se produire, il est tout à fait possible de construire son histoire à deux, tout en ayant des temps de développement purement personnel.

Le tout, c’est de savoir faire la part des choses, de laisser de l’espace à son/ sa conjoint(e) pour se construire de son côté, tout en maintenant une vie de couple harmonieuse.

Prenons un exemple simple : en étant en couple, on peut très bien prévoir de partir en voyage, d’emménager ensemble, d’acheter telle ou telle chose un peu onéreuse, de monter un projet, de sortir entre amis… Ce qui n’empêche pas chacun d’avoir ses propres passions, ses propres envies, ses propres projets, de sortir seul avec ses propres amis, etc… C’est dans cette optique qu’il me semble important de savoir dialoguer, de parfois faire des concessions sans pour autant se soumettre constamment aux désirs de l’autre.

La solitude à fuir à tout prix

En découle donc le fait que la solitude est mal vue, par les autres et même parfois par la personne qui la vit. La solitude suscite une peur, tant d’un point de vue social qu’amoureux : Thérèse Hargot a pu le remarquer au travers des jeunes auprès desquels elle intervient. Lorsqu’elle leur demande de se disperser, seuls, pendant une demi-heure, cela les angoisse. Preuve que la solitude est ressentie comme un problème.

Or, dans son livre, l’auteure oppose le couple et la solitude mais je ne pense pas que ces deux ‘états’ soient indissociables. On peut très bien profiter de moments de solitude, qui favorisent l’introspection et même le développement personnel, tout en étant en couple.

C’est comme l’indépendance. Souvent, on associe l’idée de couple avec une perte d’indépendance, comme s’il fallait vivre au crochet de l’autre 100% du temps. Mais ce n’est pas le cas, ce n’est pas une fatalité, tout dépend de comment on appréhende sa vie à deux, tout dépend du caractère de chacun et des concessions qu’on est prêt à faire.

Il faut donc savoir jongler entre vie de couple, solitude, indépendance… pas forcément évident, mais c’est ce qui rend la vie complexe!

Le mot de la fin

Finalement… liberté ou pas ? Difficile à dire. C’est en cela que ce livre est intéressant, car il soulève une question que je ne m’étais pas forcément posée avant. Certes, j’étais consciente des normes, de la pression sociale, de l’importance accordée au couple, etc., mais je n’avais jamais liée ça à un manque de liberté.

Ce qui est intéressant de comprendre, et le constat que j’en fais, c’est que l’absence de liberté auparavant se traduisait de manière concrète, souvent au travers d’interdictions (ou de non-autorisation explicite). Or, désormais, l’absence de liberté est plus implicite et se traduit davantage par un conditionnement actionné par la société. Nous avons le droit de rester vierges avant le mariage, nous avons le droit de nous mettre en couple tard, voire pas du tout, de ne pas se définir hétéro/homo, d’apprécier la solitude, etc. Pourtant, sur certains points, la pression sociale et son influence sont bien présentes, et ce sont elles qui nous privent d’une certaine liberté et qui nous poussent à faire certains choix.

Je vous invite donc vivement à lire Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) , que vous pouvez retrouver sur Amazon, la Fnac, etc. ! Même si vous n’adhérerez peut-être pas à tout ce que l’auteure dit, c’est un livre qui vous fera réfléchir. Et bien sûr, elle aborde bien plus de sujets que ceux évoqués dans cet article. Ainsi vous retrouverez des chapitres sur la contraception, l’hypersexualisation, les stérétorypes, l’éducation genrée…

Mais je ne pouvais bien entendu pas tout aborder dans cet article, alors je réserve certains sujets pour plus tard. 😉

J’espère en tout cas que cette pseudo-analyse associée à mes propres réflexions vous aura plue, et n’hésitez pas à partager votre avis sur le livre ou les sujets abordés dans les commentaires ! 😉

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Comments (2)

  • Gautier R. 1 année ago Reply

    Je suis d’accord avec tout ce que tu as dit. C’est très bien écrit, digne d’une grande critique de livres. 😉

    Mélanie 1 année ago Reply

    Merci beaucoup ça me fait plaisir de lire un si gentil commentaire :’)

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