Je suis « grosse », et alors ?

Je suis grosse et alors -perfect body

Source: Dear Kate

Cet article a été initialement écrit en avril.

Avant tout, je souhaiterais préciser quelque chose. Il est fort probable qu’au fil de cet article, je me contredise toute seule sur certains points. Cela résulte du fait que je suis constamment coincée entre les injonctions et stéréotypes véhiculés par la société et mes propres convictions. Car je me dis souvent que je m’en fiche, de ce que je vois. Que je m’en fiche de ne pas ressembler aux filles sur les magazines. Mais malheureusement, il est parfois difficile de lutter contre l’environnement dans lequel on évolue chaque jour, et cela demande un effort considérable pour certaines personnes, dont moi.

Sur ces bonnes paroles, je souhaitais pousser un petit coup de gueule aujourd’hui. Car ça y est, on est en avril et les pubs pour mincir pullulent déjà… Et vous savez quoi ? J’en ai déjà marre.

Prépare ton corps pour la plage, qu’ils disent

Certes, l’été, le soleil, les photos sur instagram et compagnie sont vecteurs de motivation supplémentaire. Moi-même ça me donne envie de faire du sport, de mieux manger, et j’essaye. Mais j’en ai ras le bol des pubs XL-S Médical ou des promos sur les soins amincissants qui se ramènent partout comme une fenêtre pop-up dont tu n’arrives pas à te débarrasser. Toutes ces pubs qui te promettent monts et merveilles et qui, par-dessus tout, t’appâtent au travers de slogans calqués qui t’invitent tous à « avoir un corps d’été » ou « un corps pour la plage » m’horripilent.

Et puis ça veut dire quoi ça ? Parce que je fais du 40/42 en jean, parce que j’ai des bourrelets, parce que je n’ai pas de « thigh gap », je n’ai pas un corps d’été ? Je ne suis pas digne de me balader en bikini sur la plage (on a vu des polémiques là-dessus..) ? Comme d’habitude, on nous bombarde à coup de corps photoshoppés, toujours bien lisses, bien minces (voire maigre), sans un seul centimètre de graisse… Et on nous fait comprendre que c’est ça, le corps parfait.

Ça me rappelle cet article sur Grazia l’année dernière qui saluait l’initiative de la marque Swimsuits, qui avait décidé de présenter un mannequin « Plus size » non retouchée. Jusque-là tout va bien (quoique je reviendrai sur cette histoire de « Plus size »), sauf que l’article débute par :

« HEUREUSEMENT QU’ON N’EST PAS OBLIGÉE D’AVOIR UN CORPS PARFAIT POUR ALLER À LA PLAGE ! ».

Là encore, je me pose la question : qu’est-ce que ça signifie ? Donc le mannequin, sous prétexte qu’elle a des rondeurs, n’a pas un corps parfait ? Je trouve ça tellement hypocrite.

C’est comme, justement, cette appellation de « Plus size ». On va dire que je pinaille, mais pour moi ça montre implicitement qu’il existe une taille « normale », sinon on n’attribuerait pas ce terme aux mannequins qui ne font pas du 36. Par conséquent, cette normativité persiste, et on place alors ces mannequins-là dans une catégorie hors-norme… Pourquoi n’a-t-on pas des mannequins tout simplement ? Et pourquoi pas des corps tout simplement ? Pourquoi faut-il toujours chercher à atteindre une perfection qui n’existe pas ?

Et puis, au final, qu’est-ce que ça signifie, un corps parfait ? Ça peut très bien être cette fille là-bas au corps mince et élancé, tout comme celle que tu traites de grosse vache, ou encore celle que tu catalogues comme anorexique alors qu’elle a simplement une morphologie différente de la tienne. Un corps parfait, c’est un avis totalement subjectif qu’on impose ici à une société tout entière. Par exemple, je n’aime pas les choux de Bruxelles : est-ce que j’impose au monde entier de décréter qu’il s’agit du légume le plus dégueulasse de la terre entière ? Non. Alors pourquoi on imposerait un idéal de perfection, pourquoi faut-il constamment se comparer à tel ou tel corps, à telle ou telle morphologie ?

L’être humain, que dis-je; le portefeuille

Et je ne sais pas si vous vous rendez compte, à quel point l’être humain n’est qu’un simple pion dans cette société de consommation ? On nous bombarde de pubs pour les pizzas, les fast-foods qui, bien qu’ils soient bons au palais, sont bien souvent désastreux d’un point de vue nutritionnel. On nous fait des offres pour, clairement, aller manger n’importe quoi et à côté de ça, il se passe quoi ? A côté de ça, on nous vend des pilules amincissantes, des machins gainant, on nous fait des promos sur les pèse-personnes (véridique, j’en ai reçu une récemment), sur les cures d’amincissement…

Vous voyez le problème ? Je suis absolument pour les rééquilibrages alimentaires, l’entraide, le partage, le coaching sportif et compagnie, mais ça non… Je ne suis pas d’accord. C’est comme si on blessait quelqu’un en ayant pris soin d’amener la trousse de premiers secours au préalable.

Je sais que je ne suis pas la seule à m’insurger devant tout ça. Je sais aussi que je ne suis pas un exemple en la matière, parce que moi aussi, je mange des pizzas pas forcément bonnes, moi aussi je me fais un McDo ou un KFC à l’occasion… Et je ne dis pas que c’est mal en soi, je ne suis pas en train de bannir tout ça. Mais la question que je me pose, et le vrai problème que je voudrais soulever… c’est pourquoi on nous présente implicitement la vie comme ça : ce qui est supposé bon est gras, mauvais pour ta santé, peu cher, alors que ce qui est VRAIMENT bon, sur tous les points de vue, est souvent hors de prix pour les petits budgets et parfois peu accessible.

Pourquoi doit-on presque se battre – contre la société, contre nos propres envies impulsives, pour rester en accord avec nos propres convictions – pour être en bonne santé, pour avoir ce qui est bon pour nous ? La réponse est simple : l’argent est plus important que le bien-être de sept milliards d’êtres humains.

Et je trouve ça pathétique, triste. Je trouve ça désolant, vraiment. La société n’est pas seule fautive, je le conçois. C’est un processus qui fonctionne avec d’une part les individus et d’autre part cette dite société. Tant qu’il y aura du monde pour alimenter un système qui fonctionne mal, il continuera à mal fonctionner. Et tant qu’il fonctionnera mal mais que certains en tireront des avantages considérables, nous continuerons à l’alimenter. J’entends par là qu’il y a une réelle prise de conscience à avoir : sur ce qui nous entoure, sur ce que l’on mange, sur la manipulation publicitaire que nous subissons tous plus ou moins, sur cette pression sociale qui nous pousse à rentrer dans une case pour ne plus en sortir…

Néanmoins, comme je le disais tout au début de cet article, il reste difficile de ne pas tomber dans ce rouage et d’essayer de s’en détacher. Je pense que nous ne nous sentons jamais assez prêts pour des changements radicaux, d’autant plus qu’il s’agit là de nager à contre-courant.

L’exemple du bio

Si davantage de gens achetaient bio, la demande seraient donc plus forte et les prix moins bas. Cependant, tant que ce mode de vie sera minoritaire, les prix resteront là où ils en sont. Donc les gens n’achèteront pas, donc ça ne se démocratisera pas et… bref, vous m’aurez comprise. Pareil pour les chaines locales/ régionales qui proposent des menus sains et équilibrés tout en restant de type « fast-food ». Il y en a, je ne le nierai pas, mais ont-ils la même popularité que McDo et ses congénères ? Non, car le processus est extrêmement lent et que le changement – tant d’un point de vue sociétal que du point de vue de nos mentalités et façons de vivre – se fait difficilement.

Complexe, quand tu nous tiens

Et puis, derrière toutes ces pubs qui prônent la minceur, les muscles, etc, il faut penser qu’il y a toutes ces femmes et tous ces hommes qui complexent et ne se reconnaissent pas dans les images qu’on leur balance… Et c’est quand même hallucinant, de voir à quel point la société reste sur ses acquis, et à quel point elle nuit à la santé physique et psychologique des gens. Certes, il y a du progrès, des publicités plus diversifiées, et je trouve ça bien. Mais une fois encore, l’ombre de l’argent pèse toujours et les marques (certaines, pas toutes) finissent par nous montrer ce que l’on veut voir sans en être convaincues elles-mêmes, mais simplement parce qu’elles sont conscientes de l’argent que ça leur rapportera…

Je suis grosse et alors - jambes

Il y a un an de cela, j’avais posté sur facebook une photo de mes jambes, alors que j’étais en short. Ça peut paraître stupide, mais pour moi c’était un grand pas, d’oser sortir avec ce short. Voici le message qui l’accompagnait :

«J’aime pas vraiment mes jambes. Je les trouve plutôt grosses et trop blanches. Je dois avoir cinq ou six boutons de moustiques sur la cuisse gauche et j’ai une vilaine cicatrice au-dessus du genou droit.

Pourtant j’ai mis un short. Je l’ai peu porté l’été dernier, et là je l’ai ressorti. La semaine dernière, hier, et puis aujourd’hui. Je n’aime pas plus mes jambes pour autant.

La différence c’est qu’avant j’avais peur de ce que penseraient les gens en me voyant. Pour moi, tout ce qui arrivait mi-cuisse était réservé aux filles qui avaient des jambes fines, ou musclées.

Maintenant je m’en fiche. Je me demande toujours ce à quoi pensent les gens quand parfois ils me fixent d’un air bizarre. J’ai toujours une petite appréhension, mais au fond je n’en n’ai plus rien à faire. On crève de chaud alors je vais pas me priver d’avoir les jambes à l’air. Et on a un beau soleil, alors je ne vais pas louper l’occasion de les colorer un peu, ces jambes.

Tout ça pour dire que le plus important, c’est de se sentir à l’aise dans ses fringues, et dans son corps. Et être à l’aise dans son corps ça ne veut pas forcément dire l’aimer, mais simplement l’accepter. »

Et je me demande aujourd’hui, qu’est-ce qui a bien pu nous amener à un tel degré d’appréhension ? Pourquoi, encore aujourd’hui, on réfléchit à deux fois avant de porter certains vêtements ? Vous ne trouvez pas ça aberrant ? Moi si. Et ce n’est que maintenant que je m’en rends compte. Ça ne veut en aucun cas dire que mon appréhension a diminué, mais je ne la subis plus de la même manière, j’essaye désormais de la comprendre et de la vaincre.

Lorsque que je dis qu’être à l’aise dans son corps ne veut pas forcément dire l’aimer, mais simplement l’accepter, je le pense sincèrement. Il y a certaines choses dans la vie qui ne nous plaisent pas, mais c’est d’abord en les acceptant qu’on peut passer à l’étape suivante, qui est de les apprécier.

Dans tous les cas, je terminerai en vous disant de croire en vous, de ne pas vous limiter aux images qu’on vous impose et surtout, de vous battre contre ces images si elles vous choquent, vous blessent ou vous paraissent injustes.

Je vous remercie de m’avoir lue jusqu’au bout, et vous fais d’énormes bisous. :*

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