Des concerts (1/2)

Des concerts 1-2
En tant que chercheuse amatrice de sensations fortes , il n’est pas rare de croiser annoté au détour de mon agenda un «  concert de x (?)  », le point d’interrogation s’effaçant si je trouve quelqu’un d’assez brave pour m’accompagner dans mes découvertes musicales (et assurant ainsi une sorte de sélection naturelle , bénéfique pour le porte – monnaie).

Ainsi, depuis que mes parents m’ont offert une place pour le concert de Lorie lors de ma prime jeunesse aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé me déhancher au son d’un bon live, surtout que, et beaucoup pourront le confirmer, je ne suis pas le genre de personne à rester les bras croisés au bord de la piste.

Sans pouvoir prétendre avoir écumé les scènes à travers la France et assisté à des centaines de concerts et festivals, ceux-ci restent une expérience que j’aime et aimerai toujours vivre. Et puis, il suffit d’avoir un peu l’esprit d’aventure et de ne pas avoir peur de prendre la route pour aller faire son marché dans d’autres départements. Que ce soit la salle type zénith qui penchera pour une programmation mainstream et familiale à la petite salle underground à la sélection plus pointue, il y en a pour tous les goûts, sans parler des dizaines de bars qui accueillent au long de l’année différents types de groupes.

Je vis dans une région où il n’est pas trop compliqué d’aller agiter son briquet sur des morceaux « on stage » pour pas trop cher. Certaines périodes sont plus propices que d’autres (l’étééééééé) mais on trouve facilement de quoi se rassasier par la suite tout au long de l’année. Au risque de passer pour la radine de service (aux dires de certains, Flo si tu passes par là), autant en profiter ! Et puis ça permet de découvrir des genres musicaux qu’on n’écoute pas forcément, et de mieux définir ce qui est susceptible de nous plaire, justement pour mieux investir son argent par la suite, surtout si le budget est serré (parce qu’il n’est pas question de faire l’impasse sur ce genre d’événements bien sûr n’est ce pas, c’est évident voyons).

Une chanson douce…

J’ai déjà vécu des concerts incroyables alors que je pensais, sinon m’ennuyer fermement, devoir au moins étouffer quelques bâillements. Par exemple, j’avais un petit a priori sur les concerts d’artistes avec des chansons que j’appelle dans mon répertoire personnel (car je suis incapable de catégoriser correctement les genres de musique) des chansons « douces ». A l’écoute, je ne suis pas insensible à la voix d’une Daughter ou d’un Benjamin Clementine, ceci dit, malgré leur notoriété et leur reconnaissance, j’aurais hésité s’ils passaient dans le coin. Un concert sans envolées lyriques sur une guitare, sans batterie déchaînée , sans cris et gouttelettes de sueur s’échappant d’une mèche de cheveux invariablement graisseuse, sans beat électro démentiel ? J’allais forcément consulter ma montre au bout d’un moment. J’avais tendance à y aller à reculons également dès que mon regard tombait sur les mots « jazz » et « blues« , des genres de musiques que j’assimilais également à la tristesse, au spleen, émotions que je n’ai pas forcément envie de rencontrer en concert. En fait , je n’y allais pas peut-être en partie parce que je ne savais pas à quoi m’attendre. Par exemple, je suis déjà allée écouter des concerts de musiques classiques sans douter un instant que ça n’allait pas être folichon folichon niveau balancements de têtes , et pourtant je savais que je pouvais trouver dans ce genre de musique un certain plaisir. (Bon, je vous avoue que sur les deux que j’ai vu dans ma vie il y en a un qui s’est fait sans moi après l’interlude.)

Et puis, par curiosité, parce que (on va pas se mentir) c’était gratuit, qu’il y avait de la bière et des potes, j’ai posé mes fesses devant Otis Taylor, Lou Doillon, ou encore Biga Ranx, estampillés blues , jazz, folk, reggae… Les fameux genres que j’avais décoché dans mes paramètres. Et finalement, c’est pas mal du tout, et ce sont de très bons souvenirs, teintés de mélancolie mais aussi de joie, aussi fortement marqués que d’autres spectacles qui m’avaient quelque peu fait transpirer. (Je me dois de préciser d’ailleurs que le concert d’Otis Taylor était tout à fait rythmé, nous interdisant, mes amis et moi, de ne pas figurer aux premiers rangs pour montrer notre capacité à bouger en rythme).

A l’inverse, des genres que je pensais obligatoirement plaisants à mes oreilles, alors même que je n’en avais pas écouté plus que cela, (mélange de clichés, images véhiculées…) ne m’ont pas spécialement plu , je pense par exemple à ce concert de salsa colombienne (ah les lunettes de soleil, les maracas… et puis en fait ça va cinq minutes, quoi).

Mais que dire des concerts qu’on pensait apprécier absolument et qui nous ont déçus ?

La relation public-artiste

C’est assez amusant de voir que ce ne sont pas les concerts que j’ai payé les plus chers qui m’ont le plus marquée ou que j’ai préféré. Un excellent concert ne peut, à mes yeux, être défini par le prix du billet, mais bien évidement par l’ambiance générale, la relation de l’artiste avec son public et la réponse de celui-ci, mais aussi l’organisation générale autour du concert même.

Personnellement (je dis : personnellement) c’est la relation public-artiste qui compte le plus à mes yeux. Même si je n’apprécie pas un artiste mais que je me laisse convaincre d’aller le voir (pour accompagner quelqu’un, parce que j’ai un a priori et que je veux montrer au monde mon immense tolérance et ouverture d’esprit par exemple -LOL), alors si cet artiste réussit à créer une connexion avec son public, à le faire réagir, à le faire rire ou pleurer , si je sors du concert en ayant l’impression d’avoir vécu quelque chose, alors c’est pari réussi, même si je ne vais pas me précipiter par derrière pour ajouter frénétiquement ses titres à ma playlist Deezer. J’ai déjà vu des artistes que j’adore écouter devoir faire face à un public peu réactif, galérer pour faire passer quelques blagues et c’est franchement très gênant, au point de gâcher l’impression générale que je vais pouvoir ressentir ensuite, sans renier mon amour pour leurs implacables rythmiques par derrière.

Ainsi, des chanteurs et groupes que j’adore écouter pépère à la maison m’ont laissé un souvenir un peu amer, comme si j’étais déçue parce qu’ils n’avaient pas réussi à créer une connexion suffisamment forte avec le public, comme s’ils n’avaient pas été assez forts pour dérider les plus fermés d’entre nous. A moins que j’en veuille à ce public, justement, trop fermé, pas assez réactif, applaudissant à peine ou ricanant bêtement aux injonctions anglaises de l’artiste pour faire genre qu’il a compris ? Il y a peu de concerts que j’ai vécus ainsi, tant mieux. (Note à moi-même : en fait peut-être que t’aimes juste pas les gens.) Quand j’écris ces lignes, je pense aux concerts de Shaka Ponk (show impeccable pourtant), Skip The Use, Abd Al Malik, BB Brunes… Des artistes qui malgré des chansons fortes et une identité particulière ne m’ont pas convaincue finalement. Je n’oublie pas que le ressenti d’un concert se fait en fonction de mon état aussi. Peut-être ces jours là étais-je de mauvaise humeur, fatiguée, pas dans le coup. C’est même probable, mais est ce que justement au sortir du concert n’aurais je pas dû oublier tout cela ?

Mais ce ne sont que quelques soirées parmi d’autres, et j’ai aussi des souvenirs incroyables de concerts. Voici par exemple un petit palmarès des concerts que j’ai préféré dans ma vie , et numérotés s’il vous plaît !

1 – WOODKID, 16 juillet 2013, Francofolies de La Rochelle

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Je ne sais plus pour quelle occasion exactement , mais mes parents m’avaient offert une place pour une soirée aux Francos. Bon ce n’était pas juste une soirée aux Francos, c’était de base parce que Woodkid passait. Il n’y aurait eu que lui, j’y aurais été tout autant. J’avais découvert cet artiste quelques mois auparavant, et son univers musical et visuel m’avait totalement transportée.

C’est mon oncle qui m’avait accompagnée, et avec quelques-unes de ses amies, nous nous sommes retrouvés dans la fosse après une course mémorable marquée de sueur et de sang (à noter qu’il sortait d’une opération du genou et que je suis assez admirative de son effort ce soir-là, big up à toi, Emmanuel !) Bon, on n’était pas si près de la scène, mais celle- ci s’avançait en une espèce de podium et nous étions situés à son extrémité, ce qui n’était pas trop mal. Après Lescop et Breakbot, Woodkid arrive enfin.

Si ce concert m’a autant marquée, c’est sans doute par l’incroyable émotion qui a déferlé en moi. J’essaie de ne pas exagérer la chose, mais j’étais tellement heureuse de le voir en concert, j’avais l’impression, pendant quelques secondes, d’un accomplissement. C’est peut-être exagéré de croire accomplir quelque chose en allant voir un artiste en concert, mais celui-là avait trouvé une résonance particulière en moi à travers ses chansons, et les voir partagées et vivre en concert live fut particulièrement intense. Woodkid est un artiste qui accorde beaucoup d’importance à son univers graphique également, et la mise en scène était grandiose. Ajoutez à cela un son excellent, un artiste particulièrement de bonne humeur, un public plutôt conscient qu’on ne peut pas voir cet artiste tous les jours (bien qu’étant français, il passe la majorité de son temps outre-atlantique), c’était le bon combo assuré.

Pendant quelques instants, je pouvais comprendre l’obsession que peuvent avoir certains envers les célébrités. Quelqu’un qui réussit, même s’il n’est qu’un paramètre finalement de quelque chose de plus grand, à vous faire vivre de telles émotions, suscite forcément l’intérêt et la curiosité. Woodkid est l’un des seuls artistes dont je suis l’actualité, les collaborations…

Une très belle soirée en somme, conclue par l’ambiance décalée et étrange d’Archive et les beats de Vitalic.

S’il n’en restait qu’une : Where I Live

2 – SALUT C’EST COOL, 21 juin 2015, La Nouvelle Vague, St Malo

Les amis, voici un bon plan pour qui va assister à un concert de ces énergumènes : mettez-vous au premier rang. Pourquoi ? Parce que SCC nourrit littéralement son public. Ainsi, la première fois que je les ai vus, j’ai eu le droit à des Twix, qui ont atterri au fond de ma poche et qui ont fondu au bout d’environ trente secondes, quand la musique a commencé. La deuxième fois que je les ai vus, c’était l’été et les tranches de pastèque distribuées ont fait du bien à tout le monde. La troisième fois… Je n’ai rien eu car j’étais bien trop loin, même si une fille assez sympa m’a filé du Cuba Libre en bouteille.

Car un article des Inrocks et quelques passages remarqués dans les plus grands festivals de France plus tard, les SCC ont eu le temps de devenir à la mode, interdisant toute arrivée en retard au concert, et même en venant un peu en avance, la sentence était inéluctable : on sera derrière pour cette fois. (Ce qu’on pourrait déplorer, mais c’est un autre débat.)

J’ai découvert Salut C’est Cool pour la première fois en 2015 et au départ j’étais plutôt perplexe. Que dis-je. Ce n’était même pas de la perplexité, c’était de l’incompréhension. Apparemment tout le monde s’enthousiasmait pour ce qui allait suivre, entamant de bon cœur les paroles de leur hymne pré-concert , rituel retrouvé à chaque prestation par la suite.

 » Salam Aleykoum Koum, c’est le club du désert ».

Incompréhension, vous dis-je. Je n’avais pas capté que cela pouvait être une parole de chanson, en fait. Je pensais que le public reprenait un gimmick d’un truc que je ne connaissais pas, en référence à une série, un film, que sais-je, un truc propre au festival où j’allais alors pour la première fois (Les Z’ecléctiques). Certainement pas aux paroles d’une chanson, encore moins une que j’allais écouter à quelques mètres de moi. Les SCC, donc.

Je vous avoue qu’avec Éléonore, la seule amie qui connaissait et qui est devenue par la suite une partenaire de concert, on essaie d’en caser à chaque soirée, au grand dam de nos amis qui après avoir essayé de changer de chanson, finissent par comprendre qu’il vaut mieux attendre que notre quart d’heure de folie passe avant de remettre du David Guetta.

C’est certainement le seul groupe qui possède dans sa tracklist des titres aussi triviaux que « La purée » , « Interdit de jouer au foot » ou « Simulateur de pêche » et qui rencontre un tel succès, réussissant à déchaîner les foules et à faire danser des milliers de gens, tout en se trimballant sur scène avec des poubelles sur la tête et des vêtements tout droit sortis du fin fond du placard, qui ont sans doute servi à faire du bricolage. Oui, SCC, c’est une expérience.

S’il n’en restait qu’une : Techno Toujours Pareil

3 – GHOST , 6 février 2016 , La Sirène, La Rochelle

Je ne sais plus ni où ni quand ni comment j’ai entendu parler de Ghost pour la première fois, mais étant donné que le groupe est actif depuis 2008 et que j’étais assez jeune (je veux dire, plus que maintenant, ah ah) ça ne devait pas être bien longtemps après. J’étais assez choquée (dans le sens, ressentir un choc, et non pas outragée) de voir qu’un groupe pouvait avoir une identité visuelle aussi forte et une musique aussi particulière. Je ne le savais pas encore, mais je venais d’effleurer l’ondée métalleuse de ma petite main pour la première fois.

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Un frère se baladant avec des t-shirts à tête de mort 6 jours sur 7 plus tard, ma culture de la musique métal s’est – légèrement – améliorée. Et tandis que je me baladais tranquillement sur le site internet de La Sirène à la recherche d’un concert sympa (ça aide d’avoir de la family dans le coin), une surprise m’attend au détour d’une page : pour un prix tout à fait dérisoire, il est possible d’aller vois le fameux Pape à la face poudrée, celui-là même qui m’avait tant marquée étant petite. Sans trop de difficulté, je convaincs le frère de se joindre à moi dans cette épopée et nous voilà partis pour la côte atlantique.

Malgré un passage au Hellfest quelques mois auparavant, je ne sais pas trop à quoi m’attendre : quel sera le genre de public ce soir ? Je pense bien être l’une des seules curieuses, et finir étouffée sous des vestes à patches, jetée en pâture sur la scène, sous des hurlements entamant les paroles d’une énième prière satanique (j’aime beaucoup exagérer dans mes propos et puis ça rend bien à l’écrit, non ?). Bien évidemment, je sortirai tout à fait vivante et en bonne santé du concert, et sous une pluie battante en plus de cela, rafraîchissante et bienvenue quelque part.

Tandis que j’incitais mon frère à la débauche en lui offrant une bière, j’attendais mi-impatiente mi-perplexe (aimais-je vraiment la décoration de La Sirène, lampes géantes en forme de méduses, accrochée au plafond ?) des hommes en noir sont venus nous inonder d’encens au son d’une mélodie plaintive. L’ambiance est posée.

J’étais venue en connaissant à peine l’histoire du groupe, et encore moins leurs chansons. Mais j’aime beaucoup les groupes ou chanteurs qui inventent toute une mythologie autour de l’histoire de leur création et leur musique, et un chanteur anonyme se faisant appeler Papa Emeritus III, embrigadant des musiciens tout aussi anonymes (les Goules – excellentes) et assez fou pour sortir un clip aussi bon que celui de « Year Zero » tout en prétendant célébrer des messes sataniques avec le public de fidèles, ça ne pouvait que me plaire, non ? Oui, ça m’a plu, et je retournerais bien les voir un de ces quatre, mais c’est assez incroyable qu’ils soient passés à La Rochelle pour un prix avoisinant les quinze euros, alors j’ai bien compris que j’ai saisi ma chance pour cette fois. Un très bon concert , donc, teinté néanmoins par le manque de compréhension de l’anglais du public qui avait beaucoup de difficulté à communiquer avec le chanteur, pourtant blagueur et bavard. (Ce mec, se faisant passer pour un pape perverti, vous demande toutes les cinq minutes si ça va, et remercie à tout va, c’est assez drôle tant de gentillesse venant d’un messager du diable auto-proclamé.) (Je me suis toujours demandé si le « Thank you very much for the amazing response the other night » qui est apparu le lendemain sur leurs page Facebook en guise de remerciement était ironique ?).

S’il n’en restait qu’une : Year Zero

Et on se retrouve bientôt pour la suite de mes expériences musicales!

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Comments (2)

  • Agathe 8 mois ago Reply

    Pour une première sur Apprentea’ Maud je trouve que tu t’en sors bien, ton article est intéressant, bien construit et apporte des éléments intéressants sur le ressenti d’un concert 😉

    MaCa'sWorld 8 mois ago Reply

    AH et bien merci ! 😀

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